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Entretien avec Hamid Baroudi (Chanteur)

«Je voudrais enrichir la musique algérienne moderne»

 

Hamid Baroudi, l’ex-Dissidenten, l’auteur de Caravan to Baghdad et de Khamsa, revient avec un nouvel album dont la sortie est imminente. Entretien-découverte où Hamid, le baroudeur, défend l’honneur de la musique algérienne.

A la première écoute de votre nouvel album, on découvre un son de l’«Algerian beat» très frais et incisif. Un retour percutant ...

ça me fait plaisir de voir une réaction positive. De voir mon entourage, les auditeurs, les radios, les chaînes de télévision, des professionnels de la critique dans le monde bien accueillir cet album.

On sent un travail de fond et de recherche, «khadma taâ nefss» ...

Ce CD m’a pris deux ans de travail. Je veux marquer mon époque. Avec cet album, je voudrais enrichir la musique algérienne moderne. Ce serait bien dommage d’être collé à l’étiquette anglo-saxonne, au showbiz et autres marketing international. C’est un combat.

Dans cet album, il y a une très belle version new look d’El Barah du regretté Mahboub Bati. Elle est d’une fraîcheur ...

Je vais vous raconter une anecdote. Il y a trois jours, alors qu’on était à bord d’une voiture, un enfant âgé à peine de quatre ans (l’enfant d’un ami) ne cessait de repasser la chanson El Barah. Il était tout de suite tombé amoureux de cette chanson. Cela m’a vraiment touché. Et c’est le plus beau cadeau qu’on puisse me faire. Voir des jeunes de quatorze ans séduits par El Barah, c’est quelque chose. En fait, on leur fait revivre le patrimoine de la musique authentique algérienne. J’ai osé toucher quelque chose de sacré, en chantant du chaâbi. Ce sera un cadeau posthume pour Mahboub Bati. Cette chanson sera mise sous forme de clip, on la verra avant l’été prochain à la télévision algérienne.

Vous avez mis le paquet en matière d’exploration musicale dans l’afro-beat, la pop, le trip-hop, notes jazzy, le son de Timimoun Ya Ahl Leil ...

L’idée de base n’était pas de concevoir un disque dans de super studios avec des moyens colossaux sans flirter avec la réalité musicale et sa culture, sans se déplacer in situ. Moi, je fais un travail journalistique d’investigation sur la musique noubi, l’imzad, ou encore r’baba ...
J’ai rencontré des gens comme le journaliste Hamid Kechad, des Terguiettes puisant de l’eau du puits. Des essences, des couleurs, de la sueur, du soleil qui font transpirer ton produit. En ar-rivant en Allemagne et en réécoutant le DAT, il vous semble que vous n’avez pas quitté ce coin, le Sud algérien. Et ça, on ne le trouve pas dans le «virtuel» des studios.

En plus, des ponctuations de slide soul jazzy très surchargeés, il y a ce rythme arabo-latino-andalou. Ce rythme ne ressemble pas au moule latino ...

On m’a demandé de chanter un truc latino en anglais pour toucher la côte ouest américaine, pour gagner un peu plus d’argent. J’ai fait cette concession mais à une seule condition : l’interpréter à ma manière. La chanson s’appelle El hambra. Je l’interprète à la manière orientale, sur un rythme gonflé techno, avec des solos de oûd (luth) andalou, joué à travers une touche pop très rapide. Là, est la différence.

Un bonheur pour les discothèques ...

Oui, (rires). Si un jour cette chanson marche dans les discothèques de Séville, Buenos Aires, ou Sao Paolo, les gens vont dire : «Waow, il ne copie pas Jennifer Lopez ou Carlos Santana. C’est quelque chose de nouveau.» Et, l’on dira enfin, en Algérie, ils n’ont pas que le raï. Une nouvelle touche algérienne. Et cela, c’est mon objectif.

Vous chantez aussi en français ...

C’est une réponse assez maligne de ma part. Quand j’ai sorti mon dernier album Khamsa, on m’a dit qu’il n’est pas assez français, pour le distribuer en France. Du coup, il est vendu en import. Alors pour le payer 99 FF, on le commande à 140 FF. Même si je ne vends que 100 ou 200 copies, l’essentiel est que je passe sur RFI où il y a de grands fans de musique. Alors, j’ai dit O.K., je vais faire une chanson provoc ...

Comment se traduit cette provocation?

Dans le texte, je dis

ça bouge et ça touche
Et se l’aimeront tout rouge
Elle colle son bec sur le menton de ce mec ...
De l’érotisme. Mais cela vient d’une image que j’ai imprimée Place Clichy, à Paris. Il s’agit du passage «obligé» des Maghrébins, des gens pieux passant par une rue où les sex-shops les narguent, pour aller au boulot. C’est un songe rappé à ma manière avec une fille allemande, Ylrich, à la voix sexy... ça parle d’intégration et de la situation des Maghrébins en France.

On remarque, Hamid, que vous n’avez jamais coupé les ponts avec l’Algérie ...

Je suis très fidèle à l’Algérie. Depuis, 1988 jusqu’à aujourd’hui, vous pouvez consulter les archives de l’APS, j’étais tous les trois mois en Algérie. Et quel que soit x ...

Ayant porté un nom comme Dissidenten et puis faire un titre comme Caravan to Baghdad, c’était un peu risqué ...

Quand il y a eu la guerre du Golfe, j’ai protesté avec cette chanson qui aurait pu me coûter mes papiers en Allemagne parce que c’était pro-irakien et anti-américain. Heureusement que la presse allemande m’a soutenu. Et quand il y a eu l’assassinat de Boudiaf, j’ai fait une chanson sur lui. Et quand il y a eu les massacres des populations en Algérie, j’ai fait la chanson de Bladi (wahdi khalouni). Je l’ai faite pour tous les martyrs, les enfants et pour tous les journalistes assassinés. Quand on avait joué sur la Place rouge, à Moscou, en 1981, on était poursuivi par la Stasi (police politique de la RDA), le nom de mon groupe Dissidenten nous a créé beaucoup de problèmes.

A quand la tournée de Baroudi au bled?

Ce n’est pas parce que Mami et Khaled sont venus jouer qu’il faut les imiter. Je ne jouerai en Algérie que s’il y a une grande tournée. Je veux faire profiter toutes les régions de l’Algérie : Oran, Tizi Ouzou, Constantine, Ouargla, Ghardaïa ... Alger, ce n’est pas toute l’Algérie. Et puis, je donnerai la moitié de mon spectacle aux jeunes talents pour s’exprimer.

Vous produisez quelques-uns en ce moment ...

Oui, des groupes comme les HDF (rap), Underground de Sidi Bel Abbès, les Kawakib de Chlef, les Maghrébins de Béjaïa, je suis là pour les aider et faire bientôt leur promotion. D’ailleurs, j’ai aménagé un studio à Tiaret pour les jeunes qui ne peuvent pas venir à Alger.

Il paraît que vous allez vous produire avec Peter Gabriel ...

Peter Gabriel et moi, on se connaît depuis cinq ans quand j’ai fait l’album City Nomad, sorti en Europe. Il m’avait appelé pour me dire qu’il aimait ma musique. Et m’a offert cinq jours d’hospitalité chez lui à Bath, aux fameux studios de Real World. Je rentre là-bas et devinez qui je rencontre ? Cheryl Crow et Chet Black, ils enregisraient la BO de James Bond. Ce qui m’a touché, c’est qu’elle (Cheryl Crow) connaissait Dissidenten. Et c’est sous ses yeux et ceux de Peter que j’ai composé El Baraka qui va figurer dans une compilation oeuvrant contre le sida en Afrique et aussi en hommage à Freddy Mercury de Queen. Je serai aux côtés de Peter Gabriel, les 27, 28 et 29 juillet au Womad Festival de Reading à Londres.

Par K. S.
El Watan / 7. April 2001

(www.elwatan.com/journal/html/2001/04/07/culture.htm)



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