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Entretien avec Hamid Baroudi

"Sidi", troisième station de "Caravane to"

 

Hamid Baroudi, nous l’avons connu avec "Hakmet lakdar", quand il était avec les Dissidenten, et avec la mythique "Caravane To Bagdad" lorsqu’il a quitté le groupe. Après ses succès que personne ne contestera, il eut un autre album "Five" où il rend hommage à ce pays qu’il n’a jamais vraiment quitté, à travers la chanson "Bladi". Cette fois-ci, il revient avec un autre album, "Sidi", de douze chansons, dans lesquels on retrouve un Baroudi qui chante en arabe, en français, en anglais et même en espagnol. Baroudi plus nature, nous fait avec "Sidi" une traversée des genres musicaux, allant du jazz au diwan, en passant par l’afro-latin. Nous avons rencontré cet adepte de la world music et de l’ethno-pop qui a, dans sa besace, plus d’un projet.

Liberté: S’il y avait des choses à retenir de ces 10 dernières années, qu’elles seraient-elles?

ll Hamid Baroudi: Je suis content d’avoir joué un rôle, même petit, dans la scène culturelle algérienne. Parce que je n’ai jamais été coupé du Bled, depuis 1988 ; je viens régulièrement au pays, tous les 3 mois, même quand le terrorisme battait son plein. Il y a un souvenir qui me revient : c’était en 1994 et j’ai été invité pour le mois de ramadhan, à dîner chez un ami cinéaste qui habitait un quartier assez chaud.

En montant chez lui, j’avais aperçu deux jeunes filles; il faisait noir, on arrivait à peine à distinguer les traits de leurs visages. Nous sommes rentrés dans l’appartement, on était en train de discuter, la peur au ventre, quand on entend frapper à la porte.

C’était les deux jeunes filles qui demandaient à voir Hamid Baroudi. Une des filles m’avait demandé un autographe et la permission de prendre une photo à mes côtés. À un certain moment, je me retourne et je remarque que la femme de mon ami pleurait. J’ai attendu que les deux filles quittent l’appartement pour demander la raison de ces larmes, et là, l’épouse de mon ami me répondit : "C’est une fille qui n’a pas dit un mot depuis un an et demi, car elle a subi un choc en voyant ses deux parents se faire égorger devant elle ; durant cette période elle écoutait néanmoins tes chansons". Cet incident m’a tellement ému que j’avais écrit à l’époque la chanson "Bladi", juste après mon retour en Allemagne.

Ce dernier album inclut un hommage à Mahboub Bati, pourquoi?

ll Dans mes albums, j’ai toujours chanté des chansons que je je compose moi-même. Mon entourage me demandait de chanter autre chose; pourquoi pas du châabi ? J’ai alors pensé à une chanson que j'aimais beaucoup "El Bareh". J’ai alors appelé la famille de Mahboub Bati pour avoir leur permission.

Ils m’ont répondu favorablement, heureusement et je me suis vite mis au travail dès mon arrivée en Allemagne afin de moderniser cette chanson. J'ai fait des enregistrements en Espagne et en Egypte pour les violons. Je suis revenu en Algérie et j’ai rencontré des maîtres du Chaâbi et de l’Andalous ; l’un d’eux Ismaïn Hani qui s’occupe de l’association "Ichirah" m’avait dit en me rencontrant : "Quand j’ai su que tu allais reprendre cette chanson, j’ai eu peur que tu la dénatures, que tu la violes ; mais quand j’ai écouté le résultat, j’ai été surpris. Je te félicite". L’album sort en mai en Allemagne, j’apprends que Mahboub Badi est décédé. J’ai alors décidé d’achever mon hommage en tournant un clip de la chanson "El Bareh ken fi amri achrin" en mai ou en juin à Alger même et où je réssuciterai "Hayek Emram" et "El Adjar".

Parlez-nous de ce qui vous inspire, de votre façon à vous de travailler?

ll Je n’ai jamais étudié de solfège, mais j’ai toujours été très auditif. Je suis passionné par le cinéma hollywoodien des années 40, 50, 60, des films noirs français et des anciennes productions italiennes. C’est pour ces raisons que j’ai entamé des études de cinéma en Allemagne pour pouvoir réaliser moi-même mes vidéo-clips. J’ai vite su que la musique avait besoin d’être rehaussée par un support visuel bien fait pour avoir le meilleur écho. Coté inspiration, il m'arrive d'ouvrir un journal et tomber sur un article qui m’inspire, comme le faisait John Lenon.C’est vrai que les Beatles ont été un groupe très en avance par rapport à leur époque. Il faut dire qu’ils m’ont personnellement très influencé musicalement, concernant les textes : Bob Dylan a été et demeure toujours pour moi un des plus grands poètes.

Parlez-nous de votre expérience avec les jeunes talents que vous produisez?

ll J’ai passé une année et demie, depuis fin 1999 à chercher de jeunes talents qui veulent percer dans le monde musical. j’ai fait paraître de petites annonces sur les journaux et je peux vous dire que ma maison de production ici "Hoggar Music", a reçu une montagne de cassettes venue de tout le territoire et même de Marseille. J’ai répandu à tout ce monde et j’en ai gardé une dizaine, c’est- à- dire ceux qui m’ont paru prometteurs. Je peux vous citer HDF et Africa, deux groupes de Rap d’Alger, Underground groupe de Rap de Bel Abbes, El Kaoukeb de Chlef qui font de la musique marocaine, les Maghrébins de Béjaïa, etc.

Ces jeunes artistes vont être produits par ma boîte, je vais me charger de leur faire des clips, entamer un vrai travail de recherche pour leurs chansons.

Je leur ai conseillé de ne pas faire ce plagia de ce qui se pratique ailleurs, mais d'innover de métisser le rap, le rock avec des sonorités bien de chez nous. De sorte à avoir un produit singulier.

Je prévois aussi, quand j’aurais réalisé 15 clips, c’est- à- dire produit 15 groupes, de faire des émissions de télévision, du genre "Bled music" mais plus sophistiquées. Elles seront tournées dans les 4 coins de notre pays. Je dois normalement réaliser une première émission-pilote pour l’ENTV en juin. Sachez que cette expérience a déjà été entamée en Allemagne où je fais la même chose pour les talents en herbe. Je souhaite qu’un jour, je pourrais faire la jonction entre les groupes des deux rives.

Vous avez lancé un appel à la radio à la communauté algérienne en France. Dans quel but?

ll Oui, je lance un appel à tous les Algériens qui vivent en France comme Khaled, Mami, Idir, Ziane qui ont une certaine notoriété afin de constituer un lobby, de s’unir pour une fois, afin d’influencer la scène politique française. Il faut prendre exemple sur les 4 millions de Turcs qui vivent en Allemagne, ou les Latinos d’Amérique qui sont devenus des électeurs à séduire.

Il faut nous débarrasser de cette notion de clanisme qui nous a toujours affaiblis.

Propos recueillis par Fettar Awatef
Liberté Algerie / 17. February 2001

(www.liberte-algerie.com/fevrier2001/17/culture.htm)



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