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Hamid Baroudi

 

Il nous promet des surprises dans son nouvel album, Sidi, dont la sortie est prévue pour cet été.

Voyage au bout du rythme.

Jazz, une étape de voyage qui s’annonce par un rythme qui ne se désunit pas des rythmes de la "hadhra" et de l’esprit gnaoui quand le bordj évoque le guerrier, les esprits bons, ou les prophètes, indifféremment des commandements qu’ils apportent aux hommes.

Sons subtils où l’Imzad prend une autre fonction. Il n’est pas ici la corde que seule la femme targuie a le droit de faire vibrer, l’homme écouter, dans une attitude de vénération. Debout ou assis bien droit.

Hamid Baroudi le charge de brèves variations de jazz. Alors le son a quelque chose de magique entre la profondeur plaintive de l’Imzad et l’immense marge de jeu qu’offre l’alto, ce violon. Méconnaissable Hamid Baroudi, parce que surprenant. Le morceau ainsi monté touche après touche n’est plus l’écho répétiteur des musiques du "bled". Il transcende les interdits, le sacre et les conventions. Au-delà du discours intérieur qui ne décide d’un son, d’une couleur que si l’harmonie, la plénitude émanent de l’âme et non de l’instrument, Hamid Baroudi s’émancipe de l’inféodation des "musiques exotiques" à la technicité anglo-saxonne; pour en inverser l’échéance et prêter à la rigueur de la partition, du coeur.

Ce n’est plus de l’ordre du matériel. Avant de jouer à l’Imzad, Targagh - une virtuose dans tous les Tassilis des Adjers - s’interdit de toucher à quelque nourriture que ce soit. Elle dit : " Je veux me nourrir dans ma tête. " C’est vers cette énergie spirituelle qu’évolue Hamid Baroudi.

Une sorte d’impératif pour ne pas dire obsession, exprimée par la tonalité qu’il confère aux cordes de la guitare-basse. Une errance du goumbri gnaoui porteur du charisme des saints hommes patrons de confréries.

Porteur du verbe qui signifie à l’homme ses capacités d’élévation. Qu’est-ce que la plénitude de l’homme? Des gestes modestes, proches de l’arbre, de la bête, de la terre, de l’eau et du vent. Une démarche tranquille pour convertir les tumultes intérieurs en force pour rendre humaines les choses. Toutes les choses.

La substance du prochain album de Hamid Baroudi procède à présent de cette sorte de conscience. Le clair intérieur des maîtres de la tariqa, des supports musicaux qui le traduisent et l’expriment et de l’origine: la bête, l’élément, le bout de bois, le roseau; qui ont ému. Tous les sons essentiels du nouvel album proviennent des instruments gnaouis, faits de peaux de bêtes, de boyaux de bêtes, de chair d’acacia et d’instruments targuis faits de chair d’acacia, de tripes, des hommes et des bêtes et de la rencontre du vent et du roseau qui ont suggéré au premier Targui transhumant une autre langue seule capable de dire le relief profond de l’émotion.

Dans Sidi - titre du nouvel album toujours en chantier - pour une salsa qui bouge et égaye, Hamid prête aussi le "houl" du diwan et sa "hala". Dans une autre ballade, "taghanibt" (le roseau, la flûte) remet l’homme à sa juste place. Humble et ne grandissant que du respect du plus petit élément contribuant à la vie au monde.

Matinée de mêmes rythmes du fond gnaoui où les percussions président à la progression crescendo vers la khaloua-plénitude, quand l’homme se désunit enfin de toutes ses laideurs; Hamid Baroudi ose une union du profane du sacré et du sensuel. Une cordoue qui danse des côtes d’Algérie qui chaloupent par les sons venus par la mer, et ceux arrivés des autres océans. Le désert. L’Algérie et l’Afrique.

C’est pour cela que l’album porte Sidi comme titre. Il s’est sourcé dans la vérité confrérique des musiques du Maghreb et de l’Afrique.

Un autre pas dans le voyage de Baroudi, qui s’attarde, attentif, sur une conscience de la musique, provoquant un autre état de conscience de l’ignorance encore contenue dans une mémoire musicale à explorer.

Le voyage est de l’ordre de l’humain, du charnel, de l’émotion, du spirituel, du sens. Des sens.

Baroudi commence, tenez-le-vous pour dit, à mettre au clair (au diapason?) les arguments à une musique, des musiques tétées au sein de sa maman, des mamans de ce pays; une musique qui est aussi celle du monde. Une musique dont la force majeure est liée à une puissance supérieure à l’homme. Elle provient de l’homme. Hamid Baroudi est le Sidi, dont l’oriflamme est déjà connue : une khamsa. Les cinq sens qui font que seul l’objet mesuré module la mesure qui lui est destinée.

Sidi le CD sera peut-être sur le marché cet été.

Hamid Kechad
Le Matin / January 2001



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